Par Florence Guillemant, élue de Meyrargues Citoyenne et Solidaire · CCAS
Ce que j’ai vu dans un documentaire m’a convaincue : il existe des solutions, et elles fonctionnent.
Je suis allée voir Utopie Zéro Chômeur, documentaire projeté par le Collectif Citoyen de Jouques. J’en ressors convaincue et touchée. Dans ma vie professionnelle, j’exerce comme DRH ; lever les freins à l’emploi, c’est un combat que je connais de l’intérieur. Alors quand je vois un dispositif qui prend ce problème à bras-le-corps avec autant d’humanité et d’efficacité, je ne peux pas ne pas en parler.
« Personne n’est inemployable. Le travail utile ne manque pas. L’argent n’est pas le principal obstacle. »

Les trois principes fondateurs du mouvement TZCLD
Ces trois phrases, ce sont les fondations du mouvement Territoire Zéro Chômeur de Longue Durée (TZCLD), initié par l’association ATD Quart Monde. Et c’est le premier de ces trois principes qui me touche le plus : personne n’est inemployable. Pas de tri, pas de cases. On part de la personne, de ses compétences, de ses capacités — et on construit l’emploi autour d’elle. C’est exactement à l’inverse de ce que fait le marché du travail classique.
À Jouques, ça marche
La commune de Jouques, à quelques kilomètres de chez nous, accueille le seul TZCLD du département. L’entreprise à but d’emploi qui le porte s’appelle Élan. Elle emploie aujourd’hui une cinquantaine de personnes en CDI — et c’est désormais le plus gros employeur de la commune.
Le maire, Éric Garcin, témoigne de services que la commune ne pourrait plus financer autrement : sécuriser les sorties d’école, faciliter les temps de cantine, ramasser les encombrants… Des missions précieuses, invisibles quand elles sont assurées, criantes quand elles manquent.
Près de 40 % des salariés d’Élan ont une reconnaissance travailleur handicapé. Le travail en « temps choisi » — propre au modèle TZCLD — permet de s’adapter aux réalités de chacun : les pathologies physiques, les contraintes familiales, les horaires impossibles. Ce que le marché du travail classique refuse trop souvent, ce dispositif l’intègre naturellement.
Ce que j’ai vu dans ce documentaire
Le film ne parle pas d’abord de chiffres ou de politiques. Il donne la parole aux personnes. Il montre pourquoi elles s’étaient éloignées du marché du travail — et ce qu’elles ont retrouvé grâce à ce CDI : un projet de vie, une meilleure alimentation, un logement plus stable, de la dignité. Du lien social. La possibilité, tout simplement, de se projeter dans l’avenir.
Parce que le coût du chômage de longue durée n’est pas seulement budgétaire. Il se mesure aussi en santé dégradée, en enfants fragilisés, en vies qui rétrécissent. Quand on intègre ces coûts sociaux cachés dans l’équation, l’argument « c’est trop cher » s’effondre.
Pourquoi cela m’importe en tant qu’élue
Comme élue de Meyrargues Citoyenne et Solidaire, et membre du CCAS, c’est important de regarder ce qui se fait de bien ailleurs — pour apprendre, pour inspirer, et, nous l’espérons, un jour pour agir. Jouques a réussi parce que bénévoles, commune, services de l’État, métropole et département ont travaillé en synergie. Ce n’est pas une utopie réservée à une commune atypique : c’est un modèle qui demande de la volonté collective. D’autres projets dans le département ont avorté, faute de ce portage commun.

Un appel urgent aux sénatrices et sénateurs
Ce documentaire est projeté mardi 2 juin 2026 au Sénat — parce que les sénateurs doivent se prononcer très prochainement sur le financement de ce dispositif. Or, la révision à la baisse envisagée menace directement la pérennité des TZCLD existants, y compris pour Élan à Jouques.
Je lance un appel sincère à nos élus sénatoriaux, et notamment à Madame Mireille Jouve : soutenez ce dispositif de toute votre influence. Plaidez au sein de votre groupe pour que le financement soit maintenu, voire renforcé. Ce n’est pas une dépense à rogner — c’est un investissement dans des vies, dans des territoires, dans la cohésion de notre société.
On ne peut pas d’un côté proclamer que « personne n’est laissé de côté » et de l’autre couper les ailes à ceux qui en font une réalité concrète chaque jour.
Pour aller plus loin
Pour en savoir plus sur le mouvement TZCLD, rendez-vous sur tzcld.fr. Et n’hésitez pas à partager cet article — faire connaître ces expériences, c’est déjà agir.